Le Château de Chantilly : 800 ans d’histoire

Avec plus de 800 ans d’histoire, le château de Chantilly fut façonné du Moyen-Âge au XIXème siècle par ses éminents occupants successifs, faisant du lieu un témoin indéfectible de l’Histoire de France. Première étape d’un (gros) chapitre consacré au domaine de Chantilly, je vous plonge aujourd’hui dans son histoire marquée par les dynasties, parfois rivales du pouvoir royal qui fit du site une référence nationale.

Pour (re)lire mon article sur le Musée Condé du Château de Chantilly, c’est par ici !

Une forteresse médiévale, gérée par la famille des De Montmorency

Une première forteresse médiévale de 7 tours, et entourée de douves, est construite à partir du XIème siècle pour contrôler la route très fréquentée de Paris vers la ville royale de Senlis. Une nouvelle forteresse est édifiée à partir de 1386, après le pillage de l’édifice en 1358 en plein guerre de Cent Ans par la Jacquerie (révolte paysanne).

A partir de 1484, le château devient la propriété de la puissante famille des De Montmorency. Au début du XVIème siècle, fasciné par les palais qu’il a pu admirer pendant les guerres d’Italie, le connétable Anne de Montmorency, compagnon d’armes et ministre de François Ier, fait construire un châtelet. Dans le plus pur style Renaissance française, l’édifice est depuis appelé « petit château » en opposition à l’imposante forteresse médiévale, qu’on surnomme désormais « grand château ». Il fait également construire la terrasse sur laquelle se dresse sa statue équestre et fait tracer les premiers jardins.

© Domaine de Chantilly

L’époque classique, par la maison des princes de Condé

En 1643, le domaine passe aux mains de la maison de Condé, branche cadette de la maison royale des Bourbons. Louis II de Bourbon-Condé, cousin de Louis XIV et surnommé « le Grand Condé », se fait confisquer le domaine entre 1652 et 1659 pour avoir pris parti contre le cardinal Mazarin pendant la Fronde. A son retour en grâce, il est éloigné de Versailles et vient s’installer définitivement à Chantilly.

Il consacre tout son temps à embellir son domaine : il fait dessiner le parc par André Le Notre (qui n’a pas encore travailler à Versailles), et fait construire « le Grand Degré », escalier monumental qui rejoint le château et le parc.

© La Tête en l’Air

Privé de Versailles, il organise une cour aussi brillante en conviant à Chantilly les plus grands artistes de l’époque, La Fontaine, Molière, Racine, La Bruyère, Mesdames de La Fayette et de Sévigné et donne de grands banquets sous la direction du célèbre maitre d’hôtel François Vatel.

Pendant le siècle des Lumières, le domaine poursuit son embellissement sous les ordres des Condé :

  • Restauration et modernisation de l’intérieur du château ;
  • Construction des Grandes Ecuries ;
  • Aménagement des parties boisées du parc ;
  • Urbanisation d’une partie de la ville ;
  • Construction du Hameau et du jardin anglo-chinois.
© Domaine de Chantilly

Un lieu malmené par la Révolution française

Envahi par un groupe de gardes nationaux pendant la Révolution française, le Grand Château est transformé en prison politique pendant la Terreur. Fortement endommagé, ce dernier est partiellement rasé pour la revente des pierres (ne subsistent que les fondations) et une partie du domaine est vendue par lots. Malgré le rachat de quelques parcelles par Louis V de Boubon-Condé, lors de son retour au château en 1814, le domaine ne retrouvera jamais son visage d’avant révolution.

La mort de Louis VI de Bourbon-Condé en 1830, marque la fin de la lignée des Princes de Condé, son unique fils, le duc d’Enghien, ayant été fusillé à Vincennes sur les ordres de Bonaparte en 1804. Il lègue ses biens, dont le domaine de Chantilly, à son filleul et petit-neveu, Henri d’Orléans, duc d’Aumale et fils du roi Louis-Philippe.

© Domaine de Chantilly

Le dernier propriétaire, le duc d’Aumale

Avant la chute de la monarchie de Juillet en 1848, qui voit l’abdication de son père Louis-Philippe, le duc d’Aumale aménage des appartements privés pour lui et sa famille dans le Petit Château, qui a survécu aux destructions révolutionnaires. Après un long exil à Londres, entre 1848 et 1871, il revient à Chantilly et tend à reconstruire le palais sur les anciennes fondations. En véritable bibliophile et collectionneur d’art, il enrichit le domaine de ses riches collections.

© Domaine de Chantilly

Veuf et sans enfants (ses deux fils étant morts jeunes), il lèguera à sa mort le domaine de Chantilly à l’Institut de France, avec pour volontés testamentaires :

« Voulant conserver à la France le domaine de Chantilly dans son intégrité, avec ses bois, […], ses édifices et ce qu’ils contiennent, trophées, tableaux, livres, archives, objets d’art, tout cet ensemble qui forme comme un monument complet et varié de l’art français dans toutes ses branches et de l’histoire de ma patrie à des époques de gloire, j’ai résolu d’en confier le dépôt à un corps illustre […] qui, sans se soustraire aux transformations inévitables des sociétés, échappe à l’esprit de faction, comme aux secousses trop brusques, conservant son indépendance au milieu des fluctuations politiques. »

« Cette maison que j’ai bâtie, où j’ai vécu, je veux qu’elle disparaisse avec moi. Non qu’elle soit démolie ni transformée radicalement (…). Aspect extérieur, silhouette, disposition générale, rien ne sera changé, mais ce ne sera plus une maison. Nul n’y habitera, hors le personnel de service dans les logements prévus par moi et aménagés selon mon désir. Ne subsisteront que la chambre de ma femme et la mienne (…). Le château ne sera plus qu’un musée et un lieu de travail. Je veux qu’y aient accès tous ceux qu’attirent des collections, des archives, une bibliothèque dont je ne crois pas qu’elles soient médiocres ».

Le duc d’Aumale cité par R.Burnand, op.cit, p. 210 et 211

Le château ouvre ses portes au public, sous le nom de « musée Condé » le 17 avril 1898, un an après la mort du duc d’Aumale.

Domaine de Chantilly
7, rue Connétable
60500 Chantilly

Je remercie le Château de Chantilly et Agnès Renoult Communication pour leur invitation. Je garde toute ma liberté éditoriale, comme d’habitude !

© La Tête en l’Air

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